Une maison-atelier version théâtrale

Par Virginie Manivet
source : Maison créative, n°57, p. 62

En Basse-Normandie, Catherine Riff, artiste sculpteur, vit et travaille dans sa maison atelier datant de 1876. Par la magie de ses doigts de fée, les murs ont été patinés, les volumes modifiés : lever de rideau sur une restauration historique.

Extérieur de la maison

Le très beau jardin de curé de 800 m2 a été totalement paysagé par Catherine et François dans un style anglais avec quelques touches exotiques.

La maison était dans un état de délabrement avancé, mais nous n’avons pas pu résister au charme de la pierre, y compris dans ce jardin, si proche du paradis…

Catherine Riff et son époux François ont acquis, il y a quatre ans, une maison de caractère dans le Calvados, à quelques kilomètres de la mer. Construits en pierre blanche de Caen en 1876, les lieux étaient jadis habités par une famille, dont le doyen, forgeron, œuvrait dans un atelier de 90 m2. Côté rue, l’ensemble, composé de deux bâtisses reliées par un garage, est discret. En revanche, il dispose à l’arrière d’un espace vert clos de murs, façon jardin de curé. Normal : leur voisine est l’église du village. « L’état de délabrement global aurait pu être un frein, mais nous avons tout de suite repéré les formidables atouts de cette habitation : de beaux volumes, un jardin généreux et un atelier pour mes sculptures.

Le salon

La salon

Les murs blonds patinés et le sobre parquet en pin permettent à Catherine de mélanger styles et matières. Sur la table basse de Philippe Hérault, « Fusion de métal », une sculpture de Catherine Riff. Tableaux de son arrière-grand-père, Lucien Jonas. Fauteuils et console chinés chez un antiquaire anglais. Méridiennes du décorateur lillois Maniglier.

Dans un mariage brut et sophistiqué, les matières et styles se mélangent sans scrupule, du XVIIIe siècle à l’ère industrielle.

Le projet de rénovation était ambitieux, car c’était toute la conception de l’ensemble qu’il fallait repenser », précise Catherine. Pour ce travail de restauration, le couple fait appel aux artisans locaux, dont monsieur Marais, un maçon spécialisé dans la réhabilitation. La première étape a consisté à réunir les deux corps de bâtiment en un seul, et donc de supprimer le garage qui sera transformé en salon. « Dans cette nouvelle pièce qui manquait d’ouverture, nous avons créé deux percées donnant côté jardin. Nous sommes partis de ce centre de vie pour redistribuer les pièces et s’offrir une large circulation sur une superficie de 120 m2. Ainsi se succèdent harmonieusement cuisine, salle à manger et bibliothèque. »

La cuisine

La cuisine

La cuisine est pavée de dalles de terre cuite rénovées. Dans la cheminée d’époque, François fait griller des pièces de viande. Meuble avec tiroirs en inox, Ikea.

Cuisine et arcade qui sépare la cuisine de la salle à manger

De la cuisine à la salle à manger, plein cadre sur une très belle arcade en pierre de Caen avec poutraison d’origine.

Quand la magie opère

Pour l’aménagement intérieur, Catherine a déployé ses talents de peintre et de décoratrice. Arrière-petite-fille du peintre Lucien Jonas et élevée dans une famille d’artistes, elle a hérité d’un don évident pour les matières et les couleurs. « J’aime mélanger les genres et les styles. Méridienne moderne et fauteuil baroque, console Art nouveau et appliques XIXe, commode de grand-mère et table en métal brut industriel… » Sisal et parquet de pin monté sur lambourde se partagent le sol, sauf dans la cuisine où les carreaux de terre cuite d’origine ont été récupérés. Côté murs : des pierres apparentes rafraîchies côtoient des peintures bien lisses patinées par Catherine. « Sous ses doigts, la maison s’est peu à peu métamorphosée comme par enchantement, suivant ses inspirations. Et ça continue, j’ai l’impression de vivre dans un décor de théâtre en permanente évolution », assure François, qui peint également des aquarelles. Le rideau tombe sur ce lieu unique et singulier. En un mot… Bravo !

Les chambres et la salle de bains

Les chambres et la salle de bains

1. La  chambre d’une des filles aux murs prune patinés, rehaussés d’un liseré au pigment or. Lustre chiné.
2. La chambre parentale peinte en gris mat. Linge de lit Olivier Desforges et lustre Maisons du Monde.
2. Meubles en teck, vasques et miroirs (BHV) offrent un joli tempérament marin à la suite parentale.

Catherine Riff ou l'art de décorer

L'art de décorer

1. Bibliothèque patinée d’un rouge intense réalisé par Catherine.
2. Armoire chinée chez un décorateur anglais, dans laquelle Catherine expose au gré des saisons des décors éphémères, comme ces barbotines de la céramiste Annette Boyer.
3. Dans l’entrée, jolie saynète avec une console chinée, surmontée d’une paire d’éventails en métal et de portraits de sociétaires de la Comédie Française réalisés au fusain dans les années 1930 par Lucien Jonas.

Catherine Riff réalise des sculptures en bronze (notamment sur le thème de la femme, de la danse, des acrobates…) au style nerveux et aérien ; des panneaux de tissu de satin, peints à la main, marouflés puis plissés dans un esprit japonisant ; des peintures figuratives sur toile de jute aux motifs de fruits et de fleurs ; ou encore des patines murales.

Mise en scène des portes

Les portes

1. Au premier étage, l’espace des garçons aux murs parés d’un papier peint à larges rayures noires et blanches (BHV).
2. Vers la suite parentale, portes habillées de soie peinte et marouflée. Sculpture en bronze « Volutes de l’ange » de Catherine Riff.

Les portes

1. Encadrement à la romaine d’un passage vers l’escalier qui conduit aux chambres des filles.
2. Porte patinée par Catherine Riff dans des tons ivoire et taupe, surmontée d’un paon  en métal, chiné dans une salle des ventes. Tenture de taffetas, peinte dans un esprit japonais, figurant des branches.

Pour aller plus loin: puisque nous venons de l'évoquer, que diriez-vous de vous mettre à la tendance plumes de paon ? Les idées déco pour suivre cette mode ne manquent pas sur Maison Créative.
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