Un relais de poste entièrement rénové en Touraine

Par Christine Pirot-Hébras
source : Maison créative, n°57, p. 32

Au XVIIIe siècle, cavaliers  et diligences s’arrêtaient ici pour changer de monture avant de repartir sur les routes. Aujourd’hui, cet ancien relais de poste, au cœur de la Touraine, a été entièrement rénové par Jeanne et Pierre.

La salon

Sur le mur au-dessus de la cheminée du salon, une série de portraits en miniature. Les canapés capitonnés proviennent de Belgique. Réalisés sur mesure, ils sont recouverts d’une toile de lin bleu (Nobilis), vert (Boussac). Ils font face aux boiseries du XVIIIe siècle peintes en gris-bleu, une couleur très prisée à cette époque.

C’est l’un des exercices les plus compliqués en matière de décoration : la restauration ou comment recomposer le passé que certains ont cherché à effacer. Pour Jeanne et Pierre, le coup de cœur a été immédiat pour cet ancien relais de poste du XVIIIe siècle : « C’était en 2001, nous sommes tombés sous le charme, malgré la décoration des années 1970 laissée par nos prédécesseurs qui avait caché ou supprimé les éléments décoratifs d’origine, tels que les sols, les cheminées, les boiseries, les poutres, les tentures. Pour nous, il fallait absolument retrouver une cohérence de style afin d’être en adéquation avec le lieu qui s’offrait à nous. » Pour remettre la maison dans son jus et redonner un cachet à l’ensemble, l’étendue des travaux de rénovation est d’envergure. Le défi à relever est de taille, mais n’effraie pas les propriétaires. Bien au contraire…

Perspective et détails

Perspective en enfilade de la salle à manger au salon. Pour fermer les portes en bois, de fines clés ornées de passementerie.

Délicatement timbrée

Décoratrice d’intérieur, Jeanne va superviser et gérer l’ensemble des travaux, le choix des matériaux, le suivi de chantier. L’agencement des pièces fut la première étape. Implantée en L, la maison comprend un corps principal datant du XVIIIe siècle, et une aile de retour plus ancienne, les dépendances datant d’Henri IV. « Mais tous ces traits de caractère étaient enfouis sous des couches d’enduit, de papiers peints et de carrelages et moquettes au goût douteux. Le salon était découpé en quatre pièces. Il fallait faire table rase de cette distribution alambiquée et étriquée. » Après quelques coups de pioche et une fois les cloisons abattues, l’espace retrouve de sa superbe originelle. Les véritables proportions se redessinent avec cette douce sensation d’un retour respecteux au passé. « Après le salon, la salle à manger et répartition initiale des pièces retrouvée, la deuxième étape fut de redonner un style XVIIIe à l’ensemble. »

La cuisine

La cuisine

La grande cheminée restaurée a retrouvé sa fonction. Elle permet de faire cuire volailles et cochons de lait. Autour de la table, des chaises de famille rappellent les origines bretonnes de Jeanne.

Flamboyante, la cuisine retrouve sa simplicité d’antan et se passe volontiers de portes et de placards en hauteur. Dans la cheminée, Jeanne et Pierre font rôtir des viandes à la broche pour le plus grand bonheur gustatif de leurs amis.

Côté sol, il a fallu changer la céramique ringarde et omniprésente pour un parquet neuf patiné à l’ancienne. Des tomettes de récupération, chinées dans la région, ont trouvé place dans la cuisine. Une fois les faux plafonds dégagés, des poutres jadis apparentes ont été découvertes. « Elles ont été remodelées avec des angles arrondis, pour un rendu plus esthétique. Pour contrebalancer le côté rustique du tout, nous avons fait peindre plafond et ensemble de la poutraison dans une couleur satinée beurre frais. » Les boiseries du salon et de la salle à manger ont été complétées et déplacées. Les parties manquantes ont été recréées par les compagnons et artisans locaux et repeintes dans des nuances de gris gustavien. Sous une épaisse couche de goudron et un crépi jaune se cachait une imposante cheminée en pierre de tuffeau. Redevenue élément central, elle permet à Pierre de faire la joie de ses convives en y cuisant volailles et cochons de lait à la broche.

Salle à manger et vasque cuisine

Détail d’une ornementation de fruits sur la crédence. La robinetterie en laiton joue le charme d’antan. Changement de décor pour la salle à manger qui utilise d’avantage les codes chics de la maison de maître à l’esprit gustavien, lustre à pampilles à l’appui.

Le jardin

Le jardin avec une table dressée

Dès les beaux jours, des dîners s’organisent dans le jardin d’agrément. Table dressée d’une nappe Jean Vier, vaisselle et verres Blanc d’Ivoire, couverts BHV, photophores Woods & Willow, chaises chinées et repeintes couleur framboise, galettes de chaise BHV.

Exposé plein sud, le corps principal, flanqué d’une tourelle, impose avec fierté sa façade, animée par une rambarde qui borde le perron sur toute sa longueur.

Jardin

Par cette porte, on accède au verger et à la piscine. Témoignage du XVIIIe siècle, ce charmant passage invite à la promenade.

L’été en pente douce

Un magnifique jardin arboré et fleuri de lavande, de roses trémières et de lavatères prolonge la propriété. Un chemin descend jusqu’à la partie verger où se trouve la piscine. Pour redonner vie à ce magnifique patrimoine, Jeanne et Pierre ont pris bien plus de temps que le simple envoi d’une lettre à la poste.

La chambre d'amis

La chambre d'amis

La chambre d’amis est dans les tons rose, gris et noir. Parure de lit et boutis « Flore » de chez Blanc d’Ivoire. Au-dessus du lit, une série de gravures anciennes anime le mur.

Bois et pierre, coton et osier, le charme des matières naturelles opère à l’intérieur comme à l’extérieur. Dès les beaux jours, la piscine, le potager et le verger sont autant d’endroits propices à la détente, avec ce souci du détail qui procure à chacun des convives le sentiment d’être « comme à la maison ». 

La cabinet de toilette

Le cabinet de toilette

Dans le cabinet de toilette, une pierre à évier fait office de lavabo.