Une maison d'hôtes dans un ancien palais de princesse au Zanzibar

Par Sandrine de Bruyne
source : Maison créative n°76, p.62

Au cœur de Stone Town, la médina de l’île aux épices : cet ancien palais construit en 1860 pour la princesse Kholle, fille du premier sultan de Zanzibar, nous ouvre ses portes après trois ans de travaux.

Vue extérieure de la Kholle House


Découvert en ruines en 2008, le palais de la princesse Kholle a bénéficié de nombreux et importants travaux pour retrouver le faste d'antan.

Aux abords d’une piscine bienfaitrice dans la touffeur de la vieille ville, le voyageur s’abrite d’un soleil ardent, savoure la fraîcheur du jardin, s’abreuve de citronnade, accomplissant ainsi le rêve d’Arthur Rimbaud : découvrir Zanzibar.

La piscine de la Kholle House


La blancheur des murs de ce patio aquatique est atténuée par le bois des portes, les moucharabiehs des coursives en palétuvier. Des balcons, on aperçoit le port et l’ancien dispensaire rénové par la fondation Aga Khan.

Un patio à côté de la piscine

Les tissus locaux volontairement très colorés recouvrent les coussins des fauteuils chinés. Le mélange des matières contemporaines entre les verres (Zara Home) et le bois traditionnel réveille la monochromie de ce petit havre de paix.

Le salon extérieur

Le salon extérieur s’ouvre sur le jardin. Derrière les arcades blanches, on savoure un thé en fumant le narguilé et l’on se plonge, un sourire aux lèvres, dans le roman Zanzibar de Thibault de Montaigu.

Subtil cocktail entre influences arabes, indiennes et africaines… On se croirait à Marrakech, à Delhi, voire à Kinshasa. Le mobilier a été chiné en Asie, en France, en Afrique. Une jeune femme habillée de tissus chamarrés grimpe les marches.

Une fontaine dans un patio


Le murmure des eaux de la fontaine accompagne le visiteur. Les bancs indiens jouxtent des fauteuils directoire, souvenirs de la présence anglaise sur l’archipel.

La coursive


Dans la coursive dorée menant à la piscine, le sol en béton ciré et les fauteuils de maharadjahs s’accordent aux portes arabes et indiennes, finement sculptées et ornementées. Tout l’archipel de Zanzibar semble tenir là.

Un puits de lumière


Un puits de lumière traverse la demeure, inondant de clarté les balcons intérieurs. Des petits carreaux de couleur jouent les vitraux.

La grande chambre

Le sol en béton ciré apporte une fraîcheur appréciable et l’air de la mer vient effleurer de blanches moustiquaires. Comme dans un conte des Mille et Une Nuits…

Une chambre de la Kholle House


Un lit à baldaquin et une peau de zèbre rappellent que nous sommes en Afrique.

La salle de bains


De traditionnelles baignoires de caravansérail ont été reconstruites.

Fille du premier sultan de Zanzibar et d’une mère assyrienne de Mésopotamie, la princesse Kholle était à la tête de l’une des plus vastes propriétés de girofliers de l’archipel, l’or de Zanzibar. Au milieu du XIXesiècle, son père, appelé ailleurs par les affaires publiques dans le sultanat d’Oman, lui laissa la gestion de ses palais zanzibarites. C’est ainsi qu’elle fit construire cette maison. Un Français, attiré par les mystères de Zanzibar et fasciné par Stone Town, le quartier de la médina, découvre le palais en ruine en 2008.

Francis Saudubray, alors ambassadeur de France en Zambie, tombe sous le charme de la bâtisse à l’abandon.

Il s’y investit trois ans durant. Les travaux sont colossaux. La demeure manque à plusieurs reprises de s’effondrer, se scindant en deux en son centre. Il faut la chaîner, la redresser. Tout cela semble un peu fou. Pendant ce temps, le Français voit devant lui, jouxtant Kholle House, l’ancien dispensaire de Zanzibar en train d’être restauré par l’Aga Khan (via sa fondation). Pour Francis Saudubray, le palais ne devait être rénové que dans la mesure où il retrouvait son faste d’antan…