2015 année de la lumière : Céline Wright se confie sur la vision de l'éclairage

Par Céline de Almeida

Depuis déjà 20 ans, Céline Wright se fraye avec succès un chemin à contre-courant des tendances déco. Rencontre avec une "artisan designeuse", singulière et éclairée.

portrait céline wright

Il y a tout juste 20 ans, à l’époque où design était encore synonyme d’industrialisation, Céline Wright se définissait déjà comme une artisan-designer.
Formée à l’école Duperré où elle affirme sa passion pour les matériaux, Céline forge son style unique à travers des rencontres avec des designers tels que Pascal Mourgue ou Patrice Hardy, sans perdre de vue son enfance à Tokyo, marquée par la découverte du papier washi et du minimalisme de la culture japonaise.
Elle dessine alors les Cocons, des luminaires en papier washi au design organique encore aujourd’hui d’une modernité bluffante… De véritables icônes pour la marque dont la genèse est l’expression du parcours hors-norme de cette designeuse autodidacte.

chrysalide Céline Wright

Chrysalide, lampe à poser, 28 x 10 x 10cm. 
223 €, Céline Wright

Lors de la dernière édition du salon Maison & Objet, Céline a présenté une nouvelle collection qui semble marquer une évolution dans son travail, en intégrant des matériaux nobles tels que le marbre de Carrare ou le noyer massif, dont la densité introduit une dialogue intrigant avec la légèreté de ses sculptures en papier washi.

l'âme de Céline wright

L'âme, suspension  lestée par une base en noyer. 16 x 16 x 230 cm. 
3 342 €, Céline Wright 

 

eclairicie céline wright

Éclaircie, suspension composée d'une coupole dorée et d'un nuage en papier froissé. 85 x 85 x 41cm.
2 640 €,  Céline Wright 

Rencontre avec une sculptrice de lumière

Il y a 20 ans, alors que la tendance est à l’industrialisation et matériaux plastiques ou métalliques, vous lancez votre première collection artisanale de luminaires en papier washi… Qu’est-ce qui vous donne cette force d’avancer à contre-courant ?
Je pense que ça n'était pas vraiment une volonté de ma part mais plutôt un goût... Ma mère était artisan, elle a fait Duperré aussi. Et puis cela me permettait d'être autonome, de ne pas passer par un éditeur et de subir les contraintes de l'industrialisation. De faire ce dont j'avais vraiment envie.

Quel est selon vous le succès de la pérennité de Céline Wright ?
Je suis une autodidacte et je viens de l'univers textile. J'ai toujours été quelqu'un qui avançait de manière personnelle sans trop regarder ce qui se passait autour. Cela donne une certaines force, une originalité.
Mon travail a toujours eu quelque chose d'intuitif et de personnel. Dès le départ d'ailleurs, c'est plus l'aspect artistique des luminaires qui m'a séduit. Je rêvais d'être une artiste à plein temps, mais bon, c'est un peu difficile d'en faire son gagne-pain, mais pour moi, les objets sont une forme d'art du quotidien.

Alors que l’on pourrait penser que 20 ans est l’âge de la raison, du moins en matière de design, vous décidez cette année de donner une nouvelle impulsion à vos créations en introduisant de nouveaux matériaux. Pourquoi maintenant ?
En fait, je pense que j'ai besoin d'avancer. Et 20 ans, cela fait déjà un petit bout de temps... Au départ, j'ai créé Céline Wright pour être libre. Aujourd'hui, je suis à la tête d'une équipe de 8 personnes.

La lumière prend une place de plus en plus importante dans les intérieurs. On parle d’atmosphère lumineuse ou de mise en scène, alors qu’il y a 20 ans on se contentait d’éteindre ou d’allumer la lumière. Qu’est-ce que cela exprime selon vous ?
Je pense que la lumière vient juste après l'architecture. L'architecte crée les volumes, il joue avec la lumière naturelle... Et après vient l'éclairage. Pour moi, lumière est synonyme d'ambiance. La preuve, quand il fait gris, cela joue sur notre moral à tous, non ? C'est un peu comme un feu de cheminée qui va créer en un instant une atmosphère chaleureuse. D'ailleurs, le plus beau compliment que l'on pourrait me faire - et cela m'arrive souvent - c'est quand mes clients me disent " Quand j'allume votre lampe, je me sens bien !".
Après, il y a 36 façons de travailler la lumière. Je ne suis pas éclairagiste, c'est un métier à part entière. Personnellement, je ne travaille pas que la lumière, je joue également sur la forme. Mes création sseraient plus des sculptures lumineuses.

De manière plus générale, comment pensez-vous que les luminaires vont évoluer dans les prochaines années ?
C'est vraiment le genre de question que je ne me pose pas ! Pour moi l'idée n'est pas de faire quelque chose mais plutôt de trouver ce que l'on a au fond de soi.

Pensez-vous que des technologies telles que la domotique et l’explosion des objets connectés vont révolutionner notre conception de l’éclairage ? 
Le côté vivant de la lumière me plaît, l'idée de tout automatiser pour ne plus avoir rien à faire afin de passer plus de temps devant la télé ça n'est pas du tout mon truc. Ce qui est intéressant dans la vie, c'est de créer de choses, de les ressentir... En revanche, il existe des systèmes très intéressant comme des veilleuses qui suivent la lumière du jour.

Enfin, que peut-on vous souhaiter pour les deux prochaines décennies ?
Et bien justement, de persévérer dans le sculptural et les pièces uniques... J'aimerais que l'existant des collections puisse continuer sa vie de son côté et pouvoir aller dans des choses plus sculpturales du mien.
D'ailleurs, quand j'ai lancé l'Envol, je me suis dis que j'étais allée trop loin et finalement, c'est notre meilleure vente en ce moment !